quinta-feira, 7 de abril de 2011

La foi perceptive et la réflexion

Dans la première partie, Merleau-Ponty a démontré comme on arrive à l'invisible et pourquoi l'acte de lui penser entraîne la pensée sur le problème du monde visible, place d'origine de la foi perceptive. Puis, il nous a parlé de la confusion de l'attitude réflexive de mélanger les catégories et les méthodes appliquées au visible en analysant l'invisible. Maintenant, finalement, il y a lieu pour expliquer le concept d'irréfléchi et son rapport avec la réflexion aussi bien que la présentation de sa proposition de surréflexion.
Pour en commencer, il nous parle de l'opposition entre la foi perceptive et la connaissance, c'est-a-dire, des difficultés de comprendre le visible pour les méthodes de preuve. Cela parce que, plutôt qu'affirmé pour un jugement, le monde est pris comme allant de soi, il est foi avant que savoir. Dans la réflexion sur ce qui va de soi, on découvre l'opposition entre le subjectif et l'objectif, il y en a pour lui deux possibilités : parfois ce que je vois est la chose même, parfois cette vision n'est que la mienne. La réflexion de la tradition cherche supprimer ces différences en disant que la chose même n'est rien d'autre que ce qui y est visé, parce que, en effet, la vision relève de la pensée. Alors, on se met dans un lieu de sécurité : le réel étant le corrélatif de la pensée et l'imaginaire étant le cercle étroit des objets de pensée obscurcis, de demi-objets qui sont éclaircis au soleil de la pensée. Sans se rendre compte, la réflexion, ainsi entraînée, garde de la foi la certitude de qu'il y a un monde, sauf qu'elle fait de l'accès aux choses mêmes incompatible avec l'illusion.
On est devant ce qui Merleau-Ponty appelle la pensée du survol. Elle devient tout transparent, par tout on peut passer sa lumière. Même que les choses soient extérieures à mon corps, elles ne le sont pas à ma pensée, ainsi que, la perception d'autrui, vue du dehors, semble enfermé dans quelque réduit « derrière » son corps. Avec cette attitude on élimine les problèmes tels que de l'autrui et de l'incarnation. Elle transpose le sujet incarné en sujet transcendantal et la réalité du monde en idéalité. Tous nous atteignons le monde, sans aucune perte, parce qu'il est ce que nous pensons percevoir, son unité est idéale ou de signification, c'est pour cela que, par exemple, le triangle du géomètre est toujours le même, il n'est rien d'autre qu'une pensée, une signification idéale.
En effet, ce mouvement réflexif sera toujours convaincant : il semble évident que, si ma perception est perception du monde, je dois trouver dans mon commerce avec lui les raisons qui me persuadent de dire que je suis au monde parce que je le sais et, donc, on conclut que je suis savoir, que cet attribut m'appartient assurément. Une fois qu'on s'y est installé, la réflexion est une position philosophique inexpugnable, mais, la question que Merleau-Ponty se pose est : faut-il y entrer ?
L'explicitation qui résulte de l'interrogation philosophique telle que la fait la philosophie réflexive n'est pas la seule possible, en fait, elle y mêle des présupposés qui se révèlent contraires à l'inspiration réflexive. Elle veut comprendre notre lien natal avec le monde, mais pour en faire elle a besoin de le défaire pour après le refaire, le constituer, le fabriquer. Mais, dans ce chemin-là, la réflexion manque au radicalisme, elle « [...] récupère tout sauf elle-même comme effort de récupération, elle éclaire tout sauf son propre rôle. » L'accomplissement totale ne lui est pas possible parce qu'elle ne peut pas supprimer son début, son point de départ : l'irréfléchi. Elle n'arrive qu'après avoir eu pour moi l'expérience d'un monde, c'est par l'image irréfléchie du monde qu'elle devient possible, non pas comme le fondement, mais comme l'expression seconde de ce fait.
Il est vrai que pour sortir des embarras où me jette la foi perceptive, je ne peux m'adresser qu'à mon expérience du monde, il y a une primauté de cette relation avec lui par rapport à la réflexion et nous la perdons quand l'effort réflexif essaie de la saisir. C'est pour cela que l'on nécessite de la notion d'essence : pour comprendre le voir et le sentir, je dois cesser de leur accompagner dans le visible et le sensible aussi bien que prendre en considération un domaine qu'ils n'accouplent pas et d'où ils deviennent compréhensibles selon leur sens et leur essence. Ainsi, le philosophe suspend le vison brute pour la faire passer dans l'ordre de l'exprimé, mais elle reste son modèle

Le problème de cette attitude c'est la croyance de suppression de l'irréfléchi. En réduisant le monde à son schéma intelligible, la réflexion récuse comme dénué de sens tout enjambement du monde sur l'esprit ou de l'esprit sur le monde, d'où elle est partie par principe. Le monde ne fait pas un problème pour elle parce que cette signification est la même en tous, en ceci que les choses et le monde sont des objets de pensée avec leurs propriétés intrinsèques, qu'ils sont de l'ordre du vrai et non pas de l'ordre de l'événement.

En outre, dans son essai d'expression à travers les essences, la philosophie réflexive se trouve embarrassée par rapport au problème de la passivité de la perception et l'activité de la pensée dont elle ne réussit pas à coordonner. En ayant défini les réquisits de la pensée, elle ajoute qu'ils n'imposent pas de loi aux choses et évoquent un ordre des choses elles-mêmes qui, par opposition à celui de nos pensées, ne saurait pas recevoir de règles qu'extérieures. Cette passivité une fois introduite dans le sujet y corrompra tout quand elle passera à l'ordre de la pensée, elle ne saura pas expliquer comme je pense sur mes perceptions, bref, elle ne saura pas rétablir à ce niveau l'autonomie à laquelle elle a renoncé au niveau du perçu, la prise de la pensée sur elle-même et la lumière de l'intelligible deviennent un mystère incompréhensible.

Bien entendu, il ne faut pas en conclure que cette analyse soit fausse, mais naïve encore, elle ne voit pas que pour constituer le monde, il faut avoir notion du monde en tant que pré-constitué. Il n'y aurait plus de philosophie réflexive si l'irréfléchi pourrait être supprimé, car il n'y aurait plus d'originaire et de dérivé, mais une pensée en cercle où la condition et le conditionné, la réflexion et l'irréfléchi, seraient dans une relation réciproque et où la fin serait dans le commencement et vice versa. Il ne faut pas disqualifier la réflexion au profit de l'irréfléchi ou de l'immédiat. Nous ne faison connaissance d'eux qu'à travers elle. Ni de mettre la foi perceptive à la place de la réflexion, mais « de faire état de la situation totale qui comporte renvoi de l'une à l'autre ».

Mais, et alors ? Qu'est-ce qu'il faut faire ? Réfléchir n'est pas coïncider avec le flux depuis sa source, c'est dégager des choses, en les soumettant à une variation systématique, des noyaux intelligibles qui lui résistent, avoir d'elles ses contours universels. Mais en faire laisse intact le double problème de la genèse du monde existant, de l'idéalisation réflexive et enfin évoque et exige comme son fondement une surréflexion où les problèmes derniers seraient pris au sérieux. À vrai dire, même la réflexion qui passe par les essences ne peut pas garantir d'accomplir sa tâche, « [...]rien ne nous garantit que toute l'expérience puisse être exprimée dans des invariants essentielles, que certains êtres, — par exemple l'être du temps —, ne se dérobent pas par principe à cette fixation [...] » elles peuvent exiger la considération du fait, la dimension de facticité et la surréflexion deviendra alors, non pas un degré supérieure, mais la philosophie même.